Un audit IA rate pour une raison récurrente : il produit un catalogue de « cas d’usage » sans chiffrer ce que coûte l’existant. On se retrouve avec vingt idées, aucune priorité et aucun argument budgétaire. Notre audit part de l’inverse : où partent les heures aujourd’hui. La technologie n’arrive qu’après, comme réponse à un coût mesuré.
Jours 1–2 — Cadrage et accès
Une réunion de lancement de quatre-vingt-dix minutes avec le sponsor. On y fixe trois choses : le périmètre exact (quelles directions, quels processus, ce qui est explicitement hors sujet), les personnes à interroger, et le critère de succès de l’audit — la décision que le comité devra pouvoir prendre à la fin.
En parallèle, la logistique : accès en lecture seule aux outils concernés (ERP, CRM, drive, outil de ticketing), et un accord écrit sur ce qui peut être extrait. Pas de données personnelles hors de votre environnement, jamais. Quand la donnée est sensible, on travaille sur des extractions anonymisées ou directement chez vous.
Un message du sponsor aux équipes avant le premier entretien change le résultat de l’audit. Sans lui, les gens répondent en pensant à un plan de réduction d’effectifs, et on obtient des réponses de façade.
Jours 3–6 — Entretiens et relevé de terrain
Six à dix entretiens d’une heure, avec ceux qui font le travail — pas seulement leurs responsables. Le format est stable : on déroule une semaine type, on demande à voir les fichiers réels à l’écran, et on chiffre chaque étape en minutes et en fréquence.
- Quelles données arrivent, sous quelle forme, de qui.
- Ce qui est ressaisi d’un outil vers un autre, et combien de fois par semaine.
- Quels contrôles sont faits à la main, et ce qu’ils rattrapent réellement.
- Quels rapports sont produits, et lesquels sont ouverts par quelqu’un.
- Où le travail attend : validation, information manquante, dépendance à une personne.
Ce relevé fait remonter des choses qu’aucun atelier « idéation IA » ne fait remonter : le fichier de 3 000 lignes qu’une seule personne sait maintenir, le rapport hebdomadaire que personne ne lit depuis deux ans, la double saisie que tout le monde a cessé de trouver anormale.
On ne cherche pas des cas d’usage. On cherche des heures, et on regarde ensuite ce qui peut les rendre.
Jours 7–8 — Chiffrage et arbitrage technique
Chaque irritant relevé devient une ligne chiffrée : temps consommé par an, coût chargé correspondant, solution envisagée, charge de mise en œuvre, gain attendu, risque. La solution n’est pas systématiquement de l’IA — dans la majorité des audits, une bonne moitié des gains vient d’un reparamétrage d’outil existant, d’un connecteur ou d’une automatisation de reporting.
Deux colonnes comptent autant que les autres. « À ne pas automatiser » : les processus dont le volume ne justifie pas le coût, ceux qui vont changer, ceux où l’erreur coûte trop cher pour être confiée à un système probabiliste. Et « coût de l’inaction » : ce que le statu quo coûte sur douze mois — c’est la seule ligne qui débloque un budget en comité.
Jours 9–10 — Restitution et plan
Deux heures avec le sponsor et les responsables concernés. On déroule la cartographie, on justifie chaque chiffrage devant ceux qui ont été interrogés — c’est là que les erreurs se corrigent — et on arbitre l’ordre des chantiers. La sortie est un plan à quatre-vingt-dix jours avec un premier chantier prêt à démarrer, périmètre et livrable définis.
- Cartographie des processus : les flux réels, les ruptures, les points de ressaisie.
- Tableau chiffré : par irritant — heures/an, coût, solution, charge, gain, risque.
- Liste priorisée, dont une section explicite « à ne pas automatiser ».
- Plan à 90 jours : premier chantier cadré, jalons, personnes mobilisées.
- Note d’architecture : ce qui se branche sur l’existant, ce qui impose un changement, où sont les risques de dépendance fournisseur.
Ce que l’audit ne fait pas
- Il ne produit pas de logiciel. Aucune ligne de code livrée en production sur ces dix jours : c’est un travail de décision, pas de construction.
- Il n’évalue pas les personnes. Les entretiens portent sur les processus ; aucun nom n’apparaît dans le rapport en face d’un temps passé.
- Il ne remplace pas un audit de conformité RGPD ou de sécurité. Il signale les points sensibles, il ne les instruit pas.
- Il ne vous engage pas sur la suite. Le plan est exploitable par vos équipes ou par un autre prestataire ; les fichiers sources vous appartiennent.
Les conditions pour que ça marche
Trois, et elles sont de votre côté. Un sponsor qui a autorité pour arbitrer, disponible environ six heures sur les deux semaines. Des équipes prévenues que l’objet est le processus, pas leur performance individuelle. Et l’accès en lecture aux outils réels : un audit fait sur des schémas de procédure décrit l’entreprise telle qu’elle est censée fonctionner, pas telle qu’elle fonctionne.
Le prix est forfaitaire et fixé avant le démarrage, comme le périmètre. Si le rapport conclut qu’aucun projet IA ne se justifie chez vous cette année, c’est une conclusion valide, et elle vous aura coûté deux semaines plutôt qu’un budget annuel.